Critiques de films

Image du film Une femme d’aujourd’hui
Une femme d’aujourd’hui
Une femme d’aujourd’hui
un film de Robert Guédiguian

Avec un film tous les deux ans, voici après La Pie voleuse un Guédiguian grand cru qui s’inscrit de nouveau dans le champ du social et du politique. Ce qui lui réussit idéalement en ces temps d’incertitude quant au devenir de la France. Marseille est le microcosme de prédilection pour lui, pour questionner ce qui fait débat aujourd’hui.

Il y a une dizaine d’années, Serge Valletti, son coscénariste, a trouvé un carnet dans une poubelle, un journal intime écrit en Algérie, du temps de la colonisation. Une femme d’aujourd’hui se déploie par delà les générations et au-delà de la Méditerranée, tout en étant ancré à Marseille. La plupart des films de Guédiguian se passent à l’Estaque, ce port de la banlieue marseillaise où l’humain, la fraternité et la générosité sont au cœur. Juliette, cette femme d’aujourd’hui qui, d’entrée de film, se rend à son travail sur une trottinette, juchée sur des talons, dans son costume parfait et un casque sur les oreilles, est une femme de la nouvelle Marseille affairiste mais aussi culturelle avec son Mucem, sous l’œil en surplomb de Notre-Dame-de-la-Garde. Juliette travaille pour une grande entreprise qui a des ramifications à l’internationale. Sait-elle que son expertise peut conduire à la mise au chômage de centaines d’employés à l’autre bout du monde ? Son frère le lui renvoie à la figure et lui rappelle qu’elle vient d’un milieu ouvrier qu’elle ne saurait oublier, elle qui vit dans une villa avec piscine et offre des kimonos à ses parents, cadeau incongru qui fait rire leurs voisins dans une fête dont le ton et l’ambiance sont de cette justesse coutumière à Guédiguian. Entre elle et sa famille la rupture est consommée. Pourtant, elle va revenir à des sentiments humains et de générosité après que son monde bien organisé s’est effondré quand un collègue l’agresse sexuellement et qu’elle se heurte à ce système qui veut qu’une femme violée doive en apporter les preuves et que les conséquences du viol soient une suite d’humiliations. Sa famille la soutient dans son malheur, leur lien se resserre et sa mère, née en Algérie, lui fait une révélation fracassante qui permet à la jeune femme de se reconstruire, de mieux se comprendre.

Fidèle à sa famille de cinéma, Guédiguian a refait appel à Marilou Aussilloux, découverte dans La pie voleuse, pour être Juliette. Son amoureux est Grégoire Leprince-Ringuet. La bonne copine, Lola Naymark. Les parents aimants, aux conceptions classiques sur la vie d’une femme accomplie, sont Ariane Ascaride et Gérard Meylan. Jean-Pierre Darroussin est un voisin des plus inquiétants qui cache l’abjection du racisme et de l’intolérance derrière la gentillesse et la bienveillance. Le frère de Juliette, joué par Robinson Stévenin, campe cet homme amer, qui a perdu son emploi, qui en veut aux étrangers qui « nous prennent notre boulot » mais qui, au fond, est une bonne personne qui ne leur veut pas de mal. Tous les personnages sont complexes et de leurs contradictions naît le débat, un film salutaire en ces temps binaires où la nuance n’est pas acceptée.

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