Scénariste et réalisatrice, Anne Émond est québécoise. Elle vit et travaille à Montréal. Amour Apocalypse est son sixième long métrage. En première mondiale, il a été présenté à la Quinzaine des cinéastes lors du Festival de Cannes 2025 et a obtenu le Grand Prix du Festival du Film romantique de Cabourg. Pour sa tournée promotionnelle, Anne Émond s’est déplacée en France, une chance pour les spectateurs qui ont pu débattre avec elle lors des avants premières de son film.
Faire le voyage pour Anne Émond a été un crève-cœur, prendre l’avion et aggraver l’empreinte carbone. Il est si difficile d’être absolument intègre et respecter ses convictions en matière d’écologie. Comment préserver la planète, penser un monde nouveau ? C’est le sujet de son film avec un personnage éco-anxieux, Adam Tremblay, aux prises avec un mal être qui le mine, le ronge et qu’il essaye de surmonter, à commencer par la luminothérapie. Un numéro est inscrit sur la lampe, à composer au cas où un problème se poserait. Tina lui répond, et la conversation surréaliste veut qu’Adam se confie comme à un psy tandis qu’au bout du fil il est question de service technique. Mais Tina est bienveillante, si compréhensive et en accord sur tous les points avec Adam qu’il demande s’il s’agit d’une IA. Non, il a bien affaire à un être humain. Sans doute le seul avec qui Adam se sente à l’aise pour communiquer. Car, hormis avec les chiens du chenil dont il est propriétaire, Adam a du mal à parler, notamment avec son père qui ne le comprend pas du tout, qui lui oppose le bon sens et la raison, et avec Romy, sa jeune employée, une femme sans filtre, décomplexée sexuellement. Amoureux de la voix au téléphone, Adam finira par tomber amoureux de la femme bien réelle qu’il rencontrera enfin, et ils vont connaître des péripéties qui font tendre le film vers le film d’actions et d’aventures, entre le Québec et l’Ontario. La canicule est accablante, la terre tremble et l’orage menace.
Le pari réussi d’Amour Apocalypse est de mêler drame et comédie. Comment parler des changements climatiques et de son lot de catastrophes à venir, sur un ton léger, avec un personnage dépressif mais néanmoins loufoque ? Comment toucher les spectateurs ? Les Québécois connaissent bien Patrick Hivon, une star dans ce pays, abonné aux rôles de beau gosse viril et solide, à contre-emploi ici, en homme fragile, émotif et triste. Pourtant, le comédien est plus proche dans la vie d’Adam et la situation de la planète est une préoccupation pour lui. Jouer dans ce film lui a fait du bien, tout comme à Anne Émond qui connaît bien cette dépression depuis la pandémie. S’il est difficile d’agir pour la planète, au moins la réalisation de ce film est-elle une action de plus pour sensibiliser à cette apocalypse annoncée. Le titre anglais est Peak everything, une expression mal connue qui signifie que nous sommes arrivés au bout d’un système, aux limites de tout. Au-delà du désespoir, il y a l’amour qui sauve de tout, du moins Adam va-t-il rencontrer son âme sœur pour un nouveau départ possible et ce prénom d’Adam prend tout son sens. Il est le 1er homme mais il est aussi l’homme banal, Monsieur tout le monde dont le nom de famille, Tremblay, est aussi courant au Québec que Dupont l’est en France. Fable écologique, Amour Apocalypse, est une comédie du désespoir qui trouve ses moments poignants quand Adam se projette dans son espace mental et marche dans des paysages enneigés que l’on sait voués à disparaître dans les prochaines décennies.